HOMMAGE ET SOUVENIR
AU
CAPORAL PEUGEOT
(2 Août 1914)
Je suis cloué au sol, les yeux fixés aux cieux Ce n’était pas la guerre, et je suis amoureux Je pense à ma belle, à celle qui m’attend Je ne veux pas mourir, je viens d’avoir vingt ans
Je regarde là haut dans le soleil couchant Des oiseaux apeurés volent en tourbillonnant Valsez plumes légères, mais venez vous poser J’ai un serment d’amour, il faut le lui apporter
Viens cher petit oiseau, viens encore plus près Je ne te veux pas de mal, tu vois, je suis blessé Prends ce petit papier dans ma main entrouverte Va le lui déposer, là-bas sur sa fenêtre |
Je l’avais gribouillé avant d’être touché Je lui disais qu’un jour nous nous serions mariés Que la vie serait belle auprès de nos enfants Pars vit’ à tire d’ailes, tant qu’il est encore temps
Le soleil s’est couché, la lune s’est levée Dans le ciel étoilé, un ange m’apparaît C’est son visage à elle qui est venu m’embrasser Dans mon dernier soupir, baiser d’éternité
P.S. : Il a fallu après cela Qu’il y est un autre petit soldat….
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Roger REGOR (Barascut) est né à JONCHEREY le 19/03/1923 Extrait de son recueil de poésies.
Poème édité avec l’aimable autorisation de l’auteur. |
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2 Août 1914
Plus de 30 heures avant qu'elle déclarat la guerre à la France, l'Allemagne Impériale et Royale a répandu le premier sang français .
Quelques dates:
17 juillet 1940: Destruction du monument par les soldats d'Hitler
20 septembre 1959: 45 ème anniversaire du drame historique de Joncherey, inauguration du nouveau monument.

DESCRIPTION DES BLESSURES DES PREMIERES VICTIMES DE LA GUERRE
Le dimanche 2 août 1914, la France mobilisée, l'arme au pied, n'avait pas encore perdu tout espoir d'arrangement par voie diplomatique. Aussi, le Président de la République fit-il donner à nos troupes l'ordre de reculer de 10 kilomètres de la frontière allemande pour éviter le moindre incident susceptible de mettre le feu aux poudres
Au Nord et en bordure de la Suisse, un bataillon du 44e R.I., en garnison à Montbéliard, et le 11 ème Dragons de Belfort, qui devaient surveiller et défendre ce secteur, reculèrent jusqu'au village de Joncherey le 1er août 1914, par une chaleur étouffante, cause de nombreux cas d'insolation. Ce village est bâti le long de la route de Belfort à Delle et de deux voies, l'une se dirigeant au Nord vers Boron, l'autre à l'est vers Faverois, Courtelevant et la frontière.
Le matin du 2 août, deux petits postes furent établis sur les deux éminences qui dominent Joncherey, avec mission de surveiller les chemins de Boron et de Faverois.

Le poste de surveillance, confié à l'escouade du caporal Peugeot, fut installé dans la maison Docourt, qui se trouve à 700 mètres environ, à l'Est du village, en bordure de la route de Faverois. C'est une maisonnette précédée d'une cour que clôt une palissade rustique. Sur le chemin de Boron, le poste fut placé dans une maison en face du cimetière, dont le mur d'enceinte offrait une bonne protection à la sentinelle, pour surveiller cette route et le chemin de terre conduisant au bois des Coupes .
Le caporal Peugeot avait sous ses ordres quatre hommes . trois s'installèrent dans la maison Docourt, le quatrième fut mis en sentinelle sur le talus nord, qui surplombe la route, au sommet de la côte, à 40 mètres environ à l'est de la maison, position qui permettait de bien voir la route de Faverois.
Goûtant enfin un peu de repos, ces soldats se mirent tous à écrire à leurs familles et remirent leurs correspondances au facteur, qui venait apporter une lettre aux Docourt.
Vers 10 heures, la fille de la maison, Mme Nicolet, alla chercher de l'eau à une source captée dans un pré voisin, en bordure de la route, à 50 mètres environ de la maison. Soudain elle aperçut des casques à pointe, qui moutonnaient dans les blés voisins, à la lisière du bois des Coupes. Affolée, elle revient en courant et en criant : « Voilà les Prussiens ! Voilà les Prussiens !». Au même moment, la sentinelle cria d'une voix forte : « Aux armes ,. aux Armes ! ».
A la vue de cette sentinelle qui alertait les hommes du poste, le lieutenant, chef, de la patrouille allemande, saisit son sabre et son revolver, piqua des deux, fondit sur elle à bride abattue, la bouscula, la fit rouler dans le fossé, sauta au milieu de la chaussée en contrebas et s'élança au galop vers Joncherey.
Le caporal Peugeot alerté, saisit aussitôt son arme, s'élança hors de la cour vers l'accotement de la route et mettant en joue l'officier, lui cria : « Halte-là, Halte-là ! ». Ce dernier lui répondit en lui envoyant trois coups de revolver et le caporal lui décocha son coup de fusil.
Mortellement blessés l'un et l'autre, le lieutenant Mayer, emporté par l'élan de son cheval, alla rouler sur le bas-côté de la chaussée à 150 mètres du lieu du drame et le caporal fit quelques pas vers la maison et tomba raide mort au seuil du logis. Pour rappeler cette agression, M. Docourt père creusa, sur le montant de l'appentis qui protège la porte d'entrée, une petite croix au fond de laquelle il incrusta un peu de verroterie et sous laquelle il grava la date commémorative : 2 août 1914, que l'on peut encore voir et lire .
De tous les côtés crépita aussitôt la mousqueterie, et les cavaliers allemands, privés de leur chef, se débandèrent. Trois se jetèrent dans les fourrés du bois voisin, les trois autres, à plein galop, contournèrent la corne du bois des Coupes, espérant gagner quelque route les ramenant vers l'Alsace. Mais là, ils furent salués par les feux du petit poste du cimetière et furent forcés de rechercher un refuge dans les bois, pour ne pas servir de cible aux tireurs.
Trois chevaux furent mortellement blessés : les cavaliers désarçonnés se cachèrent dans les fourrés, mais deux ne tardèrent pas à être faits prisonniers par nos patrouilles. Vers 13 heures, le premier fut pris et conduit au poste de police, à la Mairie. Vers 15 heures, le second fut capturé. Mais, comme il se plaignait beaucoup pour apitoyer les gens sur son sort, comme il soutenait et immobilisait son coude droit contre sa poitrine, il fut conduit au poste sanitaire du 11 ème Dragons, qui était établi au café de l’Union.
Là, notre collègue, le médecin major Libierge, chef de service aux Dragons, constata une forte contusion du coude droit, sans luxation, ni fracture. Après l'avoir pansé, il le fit conduire au poste de police de la mairie.
Dans la soirée, ces deux prisonniers de guerre furent emmenés à Belfort en automobile. Leur arrivée provoqua une grande joie dans la population belfortaine, si heureuse de voir les premiers prisonniers de guerre.
Le 4 août, le troisième cavalier désarçonné, après avoir erré dans le bois pendant deux jours et avoir vécu de quelques fruits sauvages, résolut de se rendre à Joncherey et de se constituer prisonnier. Et, pendant qu'il suivait le ruisseau à sec du fond du thalweg, le soldat Racenet lui envoya une balle transpulmonaire, qui le jeta à terre, perdant beaucoup de sang par la bouche et les orifices de la blessure, « C'était un beau jeune homme d'une vingtaine d'années. Il crachait du sang et paraissait souffrir beaucoup ». (Lettre de M, Charbonnier, maire).
Avec beaucoup de ménagements, ce blessé fut transporté d'urgence à l'hospice Viellard de Delle, distant de deux kilomètres.
En résumé, sur les sept cavaliers qui composaient cette patrouille, on note .
1° Un tué (le lieutenant Camille Mayer) ;
2° Deux prisonniers de guerre (Grigio et Platt) ;
3° Un blessé grave (Peters). Guéri, fut constitué prisonnier .
4° Un disparu (Martin)
5° Le brigadier Heinze et le cavalier Hillbring, qui, profitant du couvert des bois nombreux de la région, se dirigèrent vers Suarce et Dannemarie. Le gefreiter Heinze fit, plus tard, un récit des plus fantaisistes de cette « glorieuse randonnée ».
Quelques jours après l'agression de Joncherey, une note allemande essaya d'expliquer que cette patrouille « s'était égarée et avait pénétré par erreur sur le territoire français ». A ces arguments mensongers, un de nos généraux répondit : « On peut s'égarer dans un bois, mais non sur une grande route jalonnée par des localités comme Réchésy, Courtelevant, Faverois ».La note se terminait par cette constatation vraie : « Diese Braven waren also die ersten Opfer des Krieges ». Ces Braves furent donc les premières victimes de la guerre.
Blessure du Caporal Peugeot (2 août 1914)
Il est officiellement reconnu que la première victime française de la guerre fut le caporal André Peugeot, instituteur, né le 11 juin 1893, à Etupes (Doubs), A la sortie de l'Ecole normale de Besançon, il fut nommé à l'Ecole du Pissoux, à quelques kilomètres du Saut-du-Doubs. Il y fit ses débuts comme instituteur et l'habita un peu plus d'un an , jusqu’au moment où il fut appelé au service militaire .Incorporé au 44 ième R. 1. fort du Lomont. Nommé caporal en avril, il suivait le peloton des élèves officiers, quand la guerre éclata. « C'était, nous écrit un de ses chefs, un jeune homme volontaire et doux, dont le franc regard et le bon sourire trahissaient l'intelligence et la bonté ».
" A l'Ecole du Pissoux, il avait fait preuve des plus nobles qualités professionnelles. Sa mère elle-même était institutrice à Etupes. Il avait reçu au foyer de ses parents des leçons quotidiennes de patriotisme et de devoir civique. Comme caporal, il était très aimé de son escouade et, malgré sa jeunesse, il exerçait sur ses subordonnés un réel ascendant ». (R. Poincaré, discours d'inauguration, 16 juillet 1922).Des trois coups de revolver que le caporal avait essuyés, deux balles se perdirent dans les pruniers de la cour et le mur de la maison, la troisième pénétra dans la deltoïdienne gauche et sortit dans la région deltoïdienne droite : Conclusion : Blessure transversale d'une épaule à l'autre avec rupture aortique et mort presque instantanée. (Médecin major Libierge). « Peugeot, nous écrit l'étudiant en médecine Racle, infirmier au 44e R. 1., a été tué par une balle qui l'a traversé d'une épaule à l'autre ».Blessé mortellement, le caporal laissa tomber son arme, fit quelques pas vers la maison et s'effondra contre l'appentis recouvrant la porte d'entrée.
Le père Docourt et le vieux facteur Maître se portèrent aussitôt à son secours, mais en relevant sa tête, ils constatèrent qu'il était déjà mort, que la manche droite de sa capote présentait une perforation avec saillie effilochée du drap d'où s’échappait du sang. Pour faciliter l' enlèvement de son corps, ils le portèrent sur l'accotement de la route. C'est là que le trouvèrent l'étudiant en médecine Racle et le médecin auxiliaire Crétin du 44e R. 1., chargés de son transport au centre du village.
Mme Peugeot a pieusement conservé la chemise que son fils portait le jour du drame. La manche gauche présente un orifice d'entrée petit, circulaire, régulier, à peine visible, la manche droite un orifice de sortie plus large, irrégulier, à bords effilochés.

En outre, l'horizontalité du trajet d'une épaule à l'autre prouve que le caporal était dans la position du tireur debout sur l'accotement de la route et non dans la position du tireur à genoux (voir le discours d'inauguration du monument le 16 juillet 1922). Car dans cette dernière position le trajet de la balle aurait été oblique de haut en bas. ,son adversaire étant à cheval.
Les deux victimes furent transportées et déposées sur un lit de paille, dans la grange Kremer, au centre du village, où elles passèrent côte à côte quelques heures, réconciliées dans la paix et le silence de la mort. La toilette des deux cadavres fut faite par les infirmiers, sous la surveillance du Dr Lihierge, qui a pu ainsi examiner attentivement leurs blessures et noter avec précision le trajet des balles reçues. Deux ans plus tard, à l'occasion d'une inspection sanitaire à Joncherey, notre collègue Lihierge nous a dépeint et fait revivre les péripéties de ce drame. auquel il avait assisté, le 2 août 1914.
Avec l'autorisation militaire, le corps du caporal fut emporté en automobile à Etupes, « placé dans le lit où il était né » (.Lettre de Mme Peugeot) et inhumé, le 4 août, dans le tombeau de son grand-père maternel, le colonel Péchin, chef d’état-major, « au moment même où les Chambres Françaises tenaient l'émouvante séance qui cimenta l'Union Sacrée » (in Discours Poincaré).
Le maire d'Etupes et le pasteur Poivez prononcèrent l' éloge de cette victime du devoir tombée au Champ d’honneur. L'inspecteur d'académie de Besançon écrivit à sa mère une lettre touchante, dans laquelle il disait : « Les petits écoliers de Pissoux à qui votre fils enseigna à être prêts à verser leur sang pour la patrie lui rendront cet hommage, supérieur à tout autre, que les paroles lui venaient du cœur, qu'elles étaient sur ses lèvres, non seulement une exhortation, mais un engagement qu'il a tenu. Il avait la vertu supérieure de l'éducateur, la foi qui agit. Il a honoré toute la corporation». (Baillot).
M. Mauveaux, secrétaire général de la Mairie de Montbéliard, prit aussitôt l'initiative d'ouvrir une souscription pour ériger, après la guerre, un monument sur le théâtre de l'agression, « sur cette terre Delloise devenue sacrée pour tous les hommes de France ; il enseignera à nos enfants comment est mort, à 20 ans, les armes à la main, pour la défense de sa Patrie, pour le Droit et la Justice, le premier instituteur Français ». (Sibylle et Mauveaux, in Le Petit Comtois, 19 septembre 1915. Peugeot faisait partie de cette héroïque phalange des instituteurs, qui perdirent 7.407 des leurs, sur 28.307 mobilisés. Enfin, voici le libellé de son acte de décès dressé à la mairie de Joncherey .
« Le 2 août 1914, dix heures, Jules, André Peugeot, né à Etupes (Doubs) le 11 juin 1893, caporal au 44e R. 1. au fort du Lomont (Doubs), âgé de 21 ans, fils de Jules, Albert Peugeot, employé d'usine, âgé de 48 ans et de Francine, Marie, Frédérique Péchin son épouse, âgée de 49 ans, institutrice, demeurant ensemble à Etupes (Doubs), est décédé devant l'ennemi vers la maison Docourt Louis, à Joncherey » .
Ont signé : Louis Docourt père, Ernest Docourt fils, Charbonnier, maire de Joncherey.
Blessures du Lieutenant Mayer (2 août 1914)
Le Lieutenant Camille Mayer était en garnison à Mulhouse, au 5 éme chasseurs à cheval, en 1914.
Le 1er août, il reçut l'ordre d'aller patrouiller sur la frontière, pour savoir si les troupes françaises avaient bien reculé et reconnaître les unités qui se trouvaient en face d'eux.
Cette patrouille, composée de sept cavaliers, coucha la nuit du 1er août à Bisel et le lendemain, vers 8 heures, elle pénétra sur le territoire français, traversa Réchésy, Courtelevant. Dans ce village, la légende prétend que le lieutenant Mayer aurait dit à une jeune fille : « Nous allons faire de grandes choses. Nous passerons à la postérité ». Il ne pensait pas si bien dire.
Après avoir traversé Faverois, la patrouille se dirigea à travers champs vers la lisière du bois des Coupes qu'elle longea avec prudence. Soudain se déroula en quelques minutes, vers 10 heures, ce drame sanglant, qui fit deux victimes, avant ouverture des hostilités. Dès la cessation du feu, le chef de bataillon Petitjean se porta vers le poste du caporal Peugeot. A mi-chemin, il trouva au bord de la route, le lieutenant Mayer, étendu sur le côté droit, la tête baignant dans une mare de sang. « Il avait été atteint d'une balle derrière l'oreille à hauteur de la tempe droite et d'une autre balle à l'aine gauche. C'était un jeune homme imberbe, paraissant avoir 20 à 22 ans au plus » (Petitjean). « Le corps de l'officier allemand, écrit Racle, était étendu la face contre terre ; on voyait la plaie qu'il avait au sommet du crâne ».
Continuant son chemin, le commandant arriva devant la maison Docourt, salua la dépouille mortelle du Caporal Peugeot, inspecta son fusil et vit qu'il n'y avait qu'un étui vide.
Dans son rapport officiel, cet officier supérieur pense que la blessure faite à l'aine gauche était due au coup de fusil de Peugeot. C'est aussi l'opinion du Dr Libierge, qui nous décrit ainsi les deux blessures du Lieutenant Mayer : l'une transabdominale médiane : - Orifice d'entrée situé à mi-partie du pubis et de 1'ombilic, sur la ligne blanche médiane. - Orifice de sortie à la région para.vertébrale droite, au-dessous de la dixième côte et à trois travers de doigt des crêtes vertébrales ; l'autre transcranienne : - Orifice d'entrée à l'angle interne de l’œil gauche, avec notable suffusion sanguine - orifice petit et régulier. - Orifice de sortie à la région temporo.supéro.occipitale droite, - orifice large (comme 2 pièces de cinq francs), irrégulier, déchiqueté, avec saillie d'une esquille osseuse, arrêtée dans les lèvres de la plaie. - Ce trajet oblique d'avant en arrière et de bas en haut, avec éclatement de l'orifice de sortie, faisait penser au Dr Libierge que ce coup de fusil était dû à un des porteurs de la soupe, qui avait tiré sur le lieutenant de très près et de bas en haut.
Dans la grange, le cadavre de l'officier allemand était couché en chien de fusil et son visage était boursouflé et couvert de sang.

Le résultat de son tir au revolver prouve que le lieutenant Mayer était un bon tireur.
En effet, à cheval, on tire bien en avant et à droite . - en avant et par-dessus la tète du cheval, le tir est sans précision, en raison des mouvements oscillatoires dus aux vives allures de la monture . - en arrière le tir est très mauvais, en oblique gauche. le tir est difficile et incertain , c'est pourtant lui qui a blessé mortellement le caporal Peugeot.
Le revolver du Lieutenant était une arme automatique « Para Bellum », très soignée, robuste, que le Dr Libierge a tenue dans ses mains.
Quant à son cheval d'arme, il fut pris et conservé par l'autorité militaire, qui l'immatricula sous le nom de "Joncherey".
Le 3 août, le corps du Lieutenant revêtu de son uniforme, fut mis dans un cercueil délivré par l'hospice de Delle. Il fut inhumé, l’après-midi, dans le cimetière du village, où les honneurs militaires lui furent rendus.
La croix de bois mise à la tête de sa tombe portait l'inscription suivante « Officier allemand, tué le 2 août 1914 ».
L'acte de décès, dressé à la Mairie de Joncherey est ainsi libellé . " Le 2 août 1914, à dix heures, le lieutenant Mayer, 5 ième chasseurs à cheval de Mulhouse, date de naissance inconnue, noms de père et mère inconnus, a été tué à l'ennemi sur le territoire de Joncherey, au lieu dit « Sous le rang ».
"Dressé, le présent acte, le 3 août 1914, à 9 heures, sur la déclaration des soldats Cointet et Monin du poste Peugeot, qui, après lecture faite, ont signé avec nous : Pierre Charbonnier, maire".
Après la cessation des hostilités, le corps du Lieutenant Mayer fut réclamé par sa famille et ramené en Allemagne. Il a reposé à Mullheim dans un large caveau carré recouvert d'un toit à quatre pans, sans attribut religieux extérieur, pour être ramené au cimetière d'Ilfurt.
En 1922, un monument fut élevé à Joncherey presque en face de la maison Docourt, pour perpétuer le souvenir du Caporal Peugeot, première victime de la guerre.
Ce monument était un élégant pylône au sommet duquel se trouve un médaillon avec la fine effigie du caporal ; plus bas un motif en relief représentant la Germania casquée plantant son glaive dans le dos d'un soldat français (œuvre du sculpteur Armand Block).
Sur le socle, plusieurs plaques de marbre mentionnaient que ce monument a été érigé par souscription mondiale (lndocti discant et ament meminisse periti} ., que les noms des principales villes donatrices y figurent et, surtout ce fait essentiel, qu'avant la déclaration de la guerre à la France et alors que le Gouvernement de la République, pour éviter toute cause de conflit, avait retiré ses troupes de couverture à 10 kilomètres à l'intérieur de ses frontières, l'Allemagne impériale et royale a répandu ici le premier sang français.
A l'occasion de cette inauguration, le Président de la République, M. Poincaré, exalta le patriotisme et la belle attitude du Caporal Peugeot et flétrit avec indignation les violations multiples de notre territoire avant la déclaration de la guerre et les mensonges allemands concernant les prétendus raids d'avions français, allant bombarder les villes du Rhin, Carlsruhe, Coblentz, Cologne, Wesel et surtout Nuremberg, située à 520 kilomètres de la frontière, distance que nos avions de bombardement de cette époque-là ne pouvaient pas couvrir.
Ce monument a été détruit, en juillet 1940, lors de l'occupation allemande.
Blessure du Cavalier Peters (4 août 1914)
Après avoir été désarçonné et avoir erré pendant deux jours dans les bois, le cavalier Peters, mourant de faim et à bout de forces, résolut, le 4 août, d'aller se constituer prisonnier à Joncherey.
A la sortie du bois des Coupes, il essuya les coups de feu de la sentinelle du poste (soldat Racenet), placé au centre du village. Une balle lui perfora le poumon gauche et le coucha à terre. Relevé, il fut emporté sur une brouette jusqu'au poste de police. Là, en raison de la gravité de son état, il fut placé sur un brancard, dans un fourgon militaire, et transporté d'urgence à l'Hospice de Delle, où il arriva vers 16 heures 30.
Le médecin - chef de l'Hospice, le Dr Grosnier, averti, vint le voir aussitôt, le fit placer seul dans une chambre du deuxième étage et fit coucher à côte de lui un convalescent.
L'orifice d’entrée du projectile était placé à deux travers de doigt au-dessus du mamelon gauche : " Il était circulaire, régulier, petit, du diamètre d'un crayon. L'orifice de sortie était situé à la même hauteur près de la colonne vertébrale à gauche. La plaie cutanée était déchiquetée, horizontale, longue de 3 centimètres, par laquelle entrait et sortait, en ronflant, l'air inspiré et expiré, avec projection de filets de sang.
((En regardant le trajet transpulmonaire marqué par les deux orifices, il était difficile de concevoir comment le cœur et les gros vaisseaux n' avaient pas été touchés. (Lettre du Dr Grosnier).
Le médecin- chef badigeonna les deux orifices à la teinture d'iode et enveloppa le thorax dans un épais pansement ouate.
Il donna l’ordre aux infirmiers bénévoles, Lucien Graff et Sylvain Mayer (qui soignèrent Peters avec le plus grand dévouement) de renouveler son pansement trois fois par jour, tant que l'orifice postérieur laisserait écouler une aussi grande quantité de liquide séro-sanguinolent.
Il donna aussi l'ordre aux sœurs, de lui faire tous les soirs, pendant quelques jours, une piqûre de morphine, pour calmer son anhélation et ses angoisses.
L’état du blessé s’améliora promptement, malgré l’écoulement considérable de liquide sero-sanguinolent qui s'échappait de ses plaies et inondait ses pansements.
Le cavalier Peters fut gâté par les habitants de la ville, qui venaient prendre de ses nouvelles et lui apportaient des friandises, du Bordeaux et même du Champagne . Ignorant le français, il remerciait tout le monde avec un gracieux sourire. Vers le quinzième jour, les infirmiers le firent descendre au soleil dans la cour avec les autres convalescents qui sympathisaient avec lui et ne le traitaient pas en ennemi mais en ami. (Lettre de l'Infirmier Graff). Aussi Peters aimait-il son hôpital et ses infirmiers si attentionnés.
" Cet établissement hospitalier, nous écrit le médecin principal Reboud, en retraite à Delle, a été fondé, il y a environ 80 ans, par M. Juvénal Viellard pour y soigner les ouvriers jeunes, vieux et infirmes. On y reçoit aussi les indigents atteints de maladies aiguës, ainsi que les accidentés de la rue ».
Pendant le mois d'août 1914, 50 militaires malades ou blessés y furent traités.
Les frais de ces hospitalisations sont supportés par la maison Viellard.
Le château de Morvillars, qui appartient à cette même famille, fut aussi transformé en une ambulance confortable, où les chirurgiens de la 7e Armée obtinrent de beaux succès opératoires, comme nous avons pu le constater au cours de nos inspections sanitaires.
En 1917, le Directeur du Service de Santé Militaire, M. Justin Godard, vint épingler sur le corsage de Mme Louis Viellard, alitée pour cause de surmenage, une croix de guerre bien méritée, en présence de son mari mobilisé, du Médecin- Inspecteur Hassler, et de son adjoint le Dr Bonnette. Nulle poitrine n'était plus digne de recevoir cette distinction.
Le 31 août 1914, craignant un retour offensif allemand, l'autorité militaire donna l'ordre d'évacuer tous les soldats malades ou blessés de l'Hospice de Delle, et Peters fut dirigé le 1er septembre sur l'Hôpital de Montbéliard.
Là il fut opéré d'empyème par un médecin militaire. Dès ce jour, l'écoulement purulent diminua beaucoup et la plaie se cicatrisa assez rapidement.
« Au mois de novembre 1914, lorsque le service des salles militaires m'a été confié, Peters approchait de la guérison et il a pu être évacué guéri dans les premiers jours de décembre 1914». (Lettre du Dr Tuefferd, de Montbéliard, ancien élève de l'Ecole de Santé Militaire de Strasbourg).
En janvier 1915, en réponse au Rapport de la Commission d’enquête sur les atrocités commises par les Allemands, une note officielle d’Outre-Rhin affirma que . «En août 1914, des prisonniers de guerre allemands ont été, dans la prison de Montbéliard, cruellement mutilés et assommés par les gendarmes» Or, le gardien chef de la maison d'arrêt, le commissaire de police de Montbéliard, le capitaine commandant la gendarmerie de l'arrondissement rendirent compte qu'il n'y avait eu aucun prisonnier de guerre à Montbéliard, depuis le début des hostilités.
« Seul, le nommé Peters, Frédéric, Henri, né le 7 août 1893, à Weltby-Essens (Hanovre) de Hermann et de Jokauk Hinregs, cavalier au 5 ième chasseurs à cheval, 3e escadron, à Mulhouse, est entré à l'hôpital, grièvement blessé le 1er septembre et en est sorti le 3 décembre 1914».
Pendant son séjour à l'hôpital de Montbéliard, ce militaire s'est montré très satisfait des soins reçus et, après son départ, a même remercié par lettre l'infirmière de sa salle,
« Voilà comment ils écrivent l'Histoire ! » ajoute l'Homme Enchaîné du 21-1-15.

70 ANS APRES . . .
A l'occasion du 70ème anniversaire de la mort du Caporal Peugeot, le Conseil Municipal de JONCHEREY a décidé de rééditer cette brochure que nous terminerons par le passage d'une allocution prononcée par le Maire, Paul MICHAILLARD, Conseiller Général de DELLE :
« Devant ce monument, les HOMMES doivent se souvenir. Et ce souvenir n'aurait guère de sens s'il ne constituait pas pour les jeunes générations un SYMBOLE e t un ENSEIGNEMENT. Deux fils de Pasteur, d'une vingtaine d'années, sont morts tous les deux, le premier le lieutenant MAYER, obéissant aux ordres de franchir la frontière pour une patrouille de reconnaissance, le second, le Caporal PEUGEOT, pour défendre le sol de la Patrie, premières victimes d'un combat qui allait durer plus de quatre ans .Le Caporal PEUGEOT repose actuellement dans le cimetière d'ETUPES à quelques kilomètres à l'Ouest de JONCHEREY. Le Lieutenant MAYER repose actuellement dans le cimetière d'ILLFURT, à quelques kilomètres à l’est de JONCHEREY en ALSACE, d'où il était originaire, province arrachée à la FRANCE après la défaite de 1871... Le Drame de JONCHEREY, 70 ans après, ne peut inciter qu'à cette réflexion :
Ceux qui, hier, ont tout sacrifié :
Ceux de 14-18, Ceux de 39-45, Ceux de la Résistance, Ceux d 'Indochine, Ceux d'Algérie. Ceux qui, hier, ont tout donné pour remporter la bataille des Armes, ont bien mérité, n'est- il pas vrai, pour eux, leurs enfants et leurs petits-enfants, que ceux d'aujourd'hui, ceux de demain, fassent un effort pour gagner définitivement la bataille de la PAIX.. .».
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Le monument tel que l’on peut le voir actuellement.